Bruxelles — Invité le 15 juillet à s’exprimer au Parlement européen lors d’un colloque sur les relations euro-africaines, le cardinal guinéen Robert Sarah a livré une intervention très commentée. Il y a mis en cause plusieurs politiques internationales qui, selon lui, cherchent à imposer aux pays africains des normes liées aux « droits sexuels et reproductifs », à l’idéologie du genre et à une certaine lecture des droits humains.
Devant des députés européens et des responsables institutionnels, le prélat a parlé de « colonisation idéologique ». Il estime que des programmes de coopération conditionnent leur aide ou leurs partenariats à des changements législatifs sur l’avortement, la famille ou les questions d’identité.
« Les mots ne veulent plus dire ce qu’ils disent »
Dès l’ouverture de son discours, le cardinal Sarah a pointé une évolution du langage. Pour lui, des termes comme « santé sexuelle et reproductive » ou « égalité de genre » ont pris un sens nouveau qui dépasse leur définition initiale. Cette redéfinition servirait, d’après lui, à diffuser une vision spécifique de l’homme et de la société, puis à peser sur les lois nationales.
« Quand on utilise les droits de l’homme pour faire entrer des catégories juridiques qui n’ont rien à voir avec notre histoire, notre foi, notre culture ou notre conception de la personne, on sort d’une vraie coopération d’égal à égal », a-t-il souligné.
Coopération et souveraineté
Le cardinal a aussi critiqué certains outils de la coopération entre l’Union européenne et l’Afrique, en citant l’accord de Samoa. Il considère que l’usage des financements, du commerce ou de l’aide au développement pour orienter les législations nationales remet en cause la souveraineté des États.
Pour appuyer son propos, il a fait référence aux enseignements des derniers papes : Benoît XVI et sa critique du relativisme, le pape François et ses alertes répétées contre les « colonisations idéologiques », ainsi que le pape Léon XIV qui appelle à un langage plus clair et ancré dans le réel.
Un appel à la réciprocité
Au-delà des critiques, le cardinal Sarah a insisté sur le fait que la relation entre l’Europe et l’Afrique ne doit pas se résumer à de l’assistance. Il a rappelé les atouts du continent : jeunesse, vitalité spirituelle, stabilité des structures familiales et croissance des vocations religieuses. « L’Europe, vieillissante et fatiguée, a aussi beaucoup à recevoir de l’Afrique », a-t-il déclaré.
En conclusion, il a invité les dirigeants européens à un « examen de conscience » et à bâtir une coopération fondée sur le respect mutuel, sans imposer de conditions idéologiques. Son intervention relance ainsi un débat récurrent dans les instances internationales : comment concilier promotion de valeurs universelles, respect des souverainetés nationales et prise en compte des traditions culturelles ?
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